Ibrahim KABORE, Directeur général, Entreprendre ICI
Depuis son arrivée à la tête d’Entreprendre ici, Ibrahim Kabore s’impose comme l’une des voix majeures de l’inclusion économique au Québec. Sous son leadership, l’organisme est de plus en plus un acteur national incontournable, qui élargit sa présence active dans les 17 régions administratives, et reconnu pour son impact concret sur les entrepreneurs issus de la diversité ethnoculturelle.
Une dynamique entrepreneuriale qui transforme le Québec
La croissance entrepreneuriale de la diversité ethnoculturelle n’est pas un slogan: c’est une réalité statistique. Le récent rapport sur l’impact des Bourses d’honneur réalisé par l’Institut de recherche sur les PME de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) révèle une population hautement qualifiée :
- 47,5 % des entrepreneurs soutenus détiennent un diplôme de maîtrise ou de doctorat.
- Ils évoluent principalement dans la tranche d’âge des 35-44 ans (41,9 %), une période charnière où l’innovation et la prise de risque sont maximales.
La diversité ethnoculturelle y est également frappante : Près de 49 % des répondants sont des entrepreneurs noirs, suivis des communautés blanche (16,6 %), latino-américaine (13,3%), et arabe (11,3 %). Une richesse économique encore trop peu reconnue. Pourtant, un paradoxe persiste :
Le Québec valorise le discours entrepreneurial, mais les institutions exigent encore un talon de paie pour juger de la crédibilité d’un entrepreneur.
Les données confirment les obstacles structurels :
- Le financement obtient le plus faible score d’accessibilité (3,04 / 7, soit 43,43 %) ;
- Les difficultés majeures sont de trouver des clients (3,01 / 5, soit 60,2%) et d’intégrer des réseaux
(2,88 / 5, soit 57,6%).
Au cœur de cette transformation, les Bourses d’honneur (BH) jouent un rôle déterminant. Le même rapport sur l’impact des BH révèle que la grande majorité des entreprises soutenues sont encore en démarrage : 92,5 % sont des travailleurs autonomes ou des microentreprises de moins de 10 employés. Elles génèrent souvent moins de 50 000 $ de chiffre d’affaires (43,7 %) et près de la moitié ne sont pas encore profitables (44,1 %).
Les Bourses arrivent donc au moment le plus sensible : celui où chaque investissement compte. Les fonds sont utilisés pour des dépenses structurantes : achat de matériel (27 %), développement de produits (24 %), marketing (18 %) ou embauche (9 %). Mais l’impact le plus puissant est psychologique : au-delà du financement, qui motive 40,4 % des candidats, ce sont aussi les autres raisons (totalisant près de 60 % des motivations) qui attirent les entrepreneurs vers les Bourses d’honneur : la recherche de crédibilité (19,3 %), de reconnaissance (18,4 %) et d’occasions de réseautage (14,4 %).
La Bourse devient alors le premier « oui » institutionnel du parcours, un moment de bascule qui valide la vision, renforce la confiance et ouvre l’accès à de multiples réseaux.
Trois défis systémiques à corriger
Ibrahim Kabore identifie trois enjeux clés, confirmés par les résultats de l’étude.
- Un système basé sur la valeur perçue, non sur la valeur créée
Les entrepreneurs doivent souvent cumuler un emploi salarié pour rassurer les institutions, alors que leur valeur économique réside dans l’innovation qu’ils portent.
- Le manque de réseaux et de reconnaissance
Les difficultés d’intégration dans les réseaux (2,88 / 5, soit 57,6 %) et d’accès au marché (3,01 / 5, soit 60,2 %) montrent que l’écosystème demeure encore trop fermé pour de nombreux entrepreneurs issus de l’immigration.
- L’absence d’outils pour financer les modèles multiculturels
Les modèles d’affaires hybrides ou transnationaux sont mal compris par les institutions financières traditionnelles. Le financement précoce et patient demeure insuffisant.
Pourtant, au vu de l’intérêt élevé des immigrants pour l’entrepreneuriat et les défis de société auxquels on fait face actuellement (repreneuriat, protectionnisme américain, dépendance commerciale envers les États-Unis, etc.), le besoin de diversification des marchés pour le Canada et le Québec devient de plus en plus urgent. L’entrepreneuriat de la diversité ethnoculturelle représente alors une opportunité pour renforcer l’économie dans ce sens.
Trois opportunités pour renforcer l’économie québécoise
Malgré ces défis, Ibrahim Kabore demeure convaincu que l’entrepreneuriat de la diversité ethnoculturelle représente une ressource économique capitale.
1. Un réservoir naturel de repreneurs
Les entrepreneurs accompagnés sont majoritairement âgés de moins de 45 ans, avec un fort bagage technique et intellectuel : une population idéale pour répondre à la pénurie de relève des PME.
2. Une innovation issue de l’hybridation culturelle
Les secteurs les plus actifs dont les services professionnels, les arts et la créativité, montrent un potentiel d’innovation unique et encore sous-exploité.
3. L’accompagnement comme forme de garantie
« Un accompagnement rigoureux réduit le risque institutionnel. Il devient une forme de garantie publique », explique Ibrahim Kabore. Le rapport sur l’impact des Bourses d’honneur confirme d’ailleurs que les entrepreneurs cherchent autant la crédibilité que le financement, renforçant l’idée que le soutien spécialisé crée des conditions de réussite durables.
Conclusion : une vision pour un Québec plus fort
Pour Ibrahim Kabore, l’inclusion économique n’est pas qu’un enjeu social : c’est un investissement stratégique pour la prospérité du Québec. À travers son leadership, Entreprendre ici bâtit une économie plus résiliente, plus innovante et à l’image du Québec d’aujourd’hui, un Québec où chaque entrepreneur peut enfin contribuer à sa pleine mesure.
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