Accueil Interview L’audace, la persévérance et le flair : Leçon d’entrepreneuriat avec Jean-Marc Léger

L’audace, la persévérance et le flair : Leçon d’entrepreneuriat avec Jean-Marc Léger

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Fasciné par les statistiques dès l’âge de 11 ans, Jean-Marc Léger savait qu’il ferait un métier où les nombres prendraient vie. C’est cette passion qui, en 1986, a rencontré une opportunité en or: combler un vide sur le marché québécois.

« Quand j’ai créé le Groupe Léger, il n’y avait que des entreprises étrangères qui faisaient les sondages au Québec. Ils disaient n’importe quoi sur le Québec. Ils n’étaient pas capables de sonder le Québec parce qu’ils ne comprenaient pas le Québec », se souvient-il.

De cette audace est née Léger & Léger, devenue en 1993 le Groupe Léger, aujourd’hui l’une des plus grandes firmes canadiennes de sondage, de recherche marketing et analytique. Après près de quarante ans de progression dans un domaine névralgique pour l’économie canadienne, quel est le secret de cette longévité et de ce succès ? Dans cet entretien réalisé le 31 octobre 2025, Jean-Marc Léger nous ouvre les portes de quarante années d’audace, de persévérance et de flair des affaires, pour une leçon d’inspiration entrepreneuriale, mais aussi sur l’économie actuelle du Canada.

Les 5 Leçons Clés pour Réussir en Affaires

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OBV : Quel est le secret pour réussir en entrepreneuriat ?
J.M.L. : Cinq (5) leçons sont essentielles :

  • Bien s’entourer : Fais attention à ceux que tu rencontres en grimpant, car tu vas rencontrer les mêmes en redescendant.
  • Écouter plus que parler : Écoute ton client, car c’est grâce à lui que tu vas t’améliorer. La technologie qui aura du succès n’est pas toujours la meilleure, mais celle que le client achète.
  • Voir ce que les autres ne voient pas : Il faut saisir les opportunités quand elles se présentent ; il ne faut jamais se plaindre du bruit quand le bonheur frappe à la porte.
  • Investis d’abord dans toi-même : Le meilleur investissement est dans ta formation, ta forme physique et psychologique, pour affronter les défis.
  • N’aie pas peur : Tu dois mettre entre parenthèses tes angoisses, tes doutes et tes peurs, assez longtemps pour que le miracle s’accomplisse.

Il faut être capable de rester concentré, de s’adapter aux hauts et aux bas, et surtout, de foncer.

Parcours et Déclic de la Création

OBV : Êtes-vous satisfait du chemin parcouru par le Groupe Léger ? J.M.L. : Oui, on est satisfait grâce aux résultats financiers, à la croissance et au bonheur de mes employés. Mais un entrepreneur n’est jamais totalement satisfait. La question est toujours : quel est le prochain coup ? Si je devais recommencer, j’aurais fait la même chose, mais plus rapidement.

OBV : Qu’est-ce qui a déclenché la création de votre entreprise ?
J.M.L. : Il y a eu trois facteurs :

  1. L’objectif initial de travailler avec mon père, qui venait de quitter la politique, menant à la création de Léger et Léger.
  2. Ma passion pour les statistiques depuis l’âge de 11 ans. Je voulais un métier qui fasse « vivre les nombres ».
  3. L’opportunité de marché. Les firmes étrangères ne comprenaient pas le Québec. « Quand j’ai créé le Groupe Léger, il n’y avait que des entreprises étrangères qui faisaient les sondages au Québec. Ils disaient n’importe quoi sur le Québec. Ils n’étaient pas capables de sonder le Québec parce qu’ils ne comprenaient pas le Québec ». Notre mission est devenue de donner une voix aux Québécois.

OBV : Votre esprit d’entreprise a-t-il émergé d’un événement marquant ?
J.M.L. : L’entrepreneuriat est né d’un refus. Quand j’ai postulé comme journaliste économique après l’université et qu’on m’a refusé, j’ai pris la ferme résolution de créer ma propre entreprise. Un refus, c’est souvent magique, car cela permet de se relancer. Il ne faut jamais en faire une affaire personnelle, mais transformer les refus en quelque chose de positif.

Conseils et Expansion Internationale

OBV : Quels conseils donneriez-vous à ceux qui veulent se lancer ?
J.M.L. : La première chose, c’est d’apprendre à se connaître. Qu’est-ce qu’on aime vraiment faire ? Cela peut prendre des années. Quand j’ai trouvé mon chemin dans le sondage, j’ai foncé sans avoir peur. J’y prenais plaisir, et cela m’a amené à travailler avec les des secrets de plusieurs grandes entreprises. C’est fascinant. Pour y arriver il faut du temps. Ça prend du temps avant de bâtir tout cela. J’ai eu un processus de 40 ans pour bâtir l’entreprise. Ça ne s’est pas construit du
jour au lendemain. L’audace est clé. Dans les années 90, quand l’ambassade du Gabon m’a appelé pour faire des
sondages en Afrique (un marché que je ne connaissais pas), j’ai osé dire oui. Aujourd’hui, nous avons un bureau à Casablanca et nous faisons des sondages un peu partout en Afrique. Cela a été possible parce que j’ai eu le courage de faire un saut vers l’inconnu.

OBV : Avez-vous traversé des périodes de difficultés majeures ?
J.M.L. : Ça a toujours quand même bien été, car on crée les conditions gagnantes, et même dans les échecs, on trouve du bon. Le plus frustrant, c’est le temps que l’entreprise prend pour se développer. Cependant, la meilleure décision est souvent de ne pas en prendre, d’être capable de prendre son temps pour construire quelque chose de solide.

L’Économie Canadienne et l’Avenir

OBV : La crise économique actuelle est-elle une bonne période pour une firme de sondage comme la vôtre ?
J.M.L. : Nous, on aime les problèmes, les crises économiques, les crises politiques. Tout ce qui va mal est bon pour nous, on est un peu comme un bureau d’avocat. C’est ce qui génère de la croissance. Notre résilience vient de la diversification : on travaille dans une dizaine de secteurs. Le domaine pharmaceutique (en croissance avec le vieillissement de la population) fonctionne très bien, alors que le secteur des produits de consommation (CPG) est au ralenti. L’argent est toujours là,
il a juste changé de poche. Notre présence dans plusieurs domaines et provinces (comme la Colombie-Britannique, très forte présentement) nous permet de trouver un équilibre et de la croissance.

OBV : Quelle est la solution pour que le Canada sorte de cette transition économique ? Le
renforcement de l’axe Ottawa-Pékin peut-il être une solution ?
J.M.L. : La stabilité de l’économie canadienne dépend d’abord de la stabilisation de nos relations avec les États-Unis, notamment sur le traité de libre-échange. Il y a eu l’élection de Mark Carney, qui est significative, parce que c’est quand même la personne qui peut mieux gérer le président américain. Tout est lié au président américain. C’est un individu qui dit à peu près n’importe quoi et qui fait à peu près n’importe quoi. Tant qu’on n’aura pas stabilisé nos relations avec les États-Unis, l’économie canadienne va être instable. Néanmoins, je trouve que l’économie de fond est forte. Pour ce qui concerne le renforcement de l’axe Ottawa-Pékin, cela peut-être une stratégie à long terme. Dans l’immédiat, il va falloir mettre un peu plus de pain dans les assiettes des gens. Il faut sortir de la dynamique américaine. Mais Donald Trump ne sera pas là très longtemps. Il aura quand même bientôt 80 ans. Il va falloir se repositionner avec les États-Unis.
Par ailleurs, il faut reconnaître que ce qui fait la force du Canada, c’est l’immigration. L’immigration est une opportunité extraordinaire. Avec par exemple 47 % des habitants de Toronto nés à l’extérieur du pays, nous avons des relations mondiales qui nous permettent de dépendre moins des États-Unis et de nous mondialiser (vers la France, l’Afrique, l’Asie). Pour en tirer avantage, il faut du temps, de la volonté politique, des infrastructures et moins de bureaucratie. C’est tellement compliqué, mais on verra si le gouvernement Carney réussira ou ne réussira pas. Néanmoins je pense que l’avenir est bon et le Canada est solide financièrement.

OBV : Faut-il encourager la création d’entreprise pour un meilleur épanouissement financier ?
J.M.L. : Absolument. Les Québécois sont passés des derniers aux premiers entrepreneurs au Canada, notamment grâce à l’immigration et à la montée des femmes. L’élément majeur, c’est que les jeunes souvent hésitent. Ils ont des qualités. Les jeunes sont plus éduqués. Ils sont plus forts mentalement. Ils sont plus informés. Ils sont plus technologiques.
Mais en même temps, ils sont en attente. Ils ont peur de prendre des risques.

Toute la clé est là :
être entrepreneur, bâtir sa propre entreprise, c’est tellement valorisant
. C’est difficile, ça demande du temps, des heures de travail, mais c’est ainsi que l’on bâtit quelque chose de solide, et l’avenir du Canada passe par là.

Conclusion
OBV : Un mot de la fin sur l’entrepreneuriat ?
J.M.L. : L’entrepreneuriat n’était pas mon premier objectif, mais quand tu le vis et que tu as une bonne idée, rien ne peut t’arrêter. Dans un monde qui change aussi vite, les opportunités sont partout. Mon entreprise existe depuis 40 ans, mais nous devons nous redéfinir à chaque fois. La différence entre ceux qui réussissent et les autres, c’est la persévérance et la capacité à croire en soi. Le succès ne vient pas du jour au lendemain, mais le parcours est magnifique.

Propos recueillis par Hamadou OUEDRAOGO Journaliste et rédacteur en chef, GROUPE OBV Inc

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