En entrevue avec le Groupe OBV Inc le 19 février 2026, le maire de Joliette, Pierre‑Luc Bellerose, et Maxime Douville, directeur adjoint du développement socio‑économique, dévoilent une vision ambitieuse d’une ville qui se réinvente.
Entre croissance industrielle, essor culturel, campus universitaire et gestion fine des enjeux de main‑d’œuvre, Joliette se positionne comme un pôle régional attractif et stratégique pour les prochaines décennies.
Entrevue réalisée par Hamadou OUEDRAOGO
Avant d’accéder à la mairie, Pierre‑Luc Bellerose avait déjà une longue feuille de route : conseiller politique responsable de Lanaudière, directeur du Centre régional universitaire, président de la Chambre de commerce et de l’Orchestre La Sinfonia de Lanaudière. Un engagement profond dans son milieu, dit-il, qui l’a naturellement mené à briguer la mairie lorsque l’ancien maire a quitté après plus de trente ans de service.
L’un de ses premiers objectifs : consolider et amplifier l’ADN culturel de Joliette. Pour une ville de 22 500 habitants, l’écosystème culturel est exceptionnel : musée, centre culturel, amphithéâtre, festivals et une programmation qui attire autant les citoyens que les visiteurs. En renforçant cet axe, l’administration municipale en a fait un véritable levier d’attractivité économique.
Autre priorité : l’enseignement supérieur. Grâce à l’implantation d’un campus universitaire — aujourd’hui 500 étudiants en sciences infirmières et en administration — la ville freine enfin l’exode des jeunes vers Montréal ou Québec.
Pierre-Luc y voit un vecteur essentiel pour attirer des entreprises innovantes et fournir une main‑d’œuvre qualifiée. Il vise d’ailleurs de 2 000 à 3 000 étudiants dans les prochaines années, en misant sur des programmes ajustés aux besoins régionaux.
Un avantage rare : Hydro‑Joliette, l’un des dix réseaux municipaux de redistribution électrique au Québec. Les revenus générés permettent à la ville d’investir massivement dans des projets structurants tout en maintenant une faible dépendance à la taxe foncière.
Maxime Douville résume l’attraction de Joliette en une phrase : « C’est ici que ça se passe ». Selon lui, la ville offre un potentiel de développement que plusieurs municipalités voisines, déjà saturées, n’ont plus. Terrains industriels disponibles, projets résidentiels majeurs — près de 4 000 unités attendues en 10 à 15 ans — promoteurs sérieux, architecture contemporaine : Joliette choisit désormais son développement plutôt que de le subir.
La ville assume également son rôle de pôle régional : offre commerciale étendue, institutions gouvernementales, hôpital, plus de 200 organismes communautaires. Cette centralité apporte aussi des défis, notamment en matière d’itinérance et de santé mentale, mais renforce l’activité économique.
La pénurie de main‑d’œuvre reste toutefois un enjeu majeur. Les entreprises veulent investir, mais peinent à recruter. L’intelligence artificielle, perçue comme une aide plutôt qu’une solution miracle, ouvre des pistes mais demande encore des ajustements éthiques et organisationnels. L’administration municipale insiste sur la formation, le logement étudiant et l’amélioration continue de l’offre éducative — puisque Joliette devient progressivement une véritable ville étudiante.
Sur la question de la relève entrepreneuriale, Douvillé mise sur l’accompagnement rapproché. Il connaît personnellement les entrepreneurs, leurs familles, leurs projets. Avec la MRC, la BDC, Investissement Québec et les institutions financières, il anticipe les départs, facilite les transitions et soutient les jeunes générations qui souhaitent reprendre le flambeau, malgré un changement de valeurs où l’équilibre travail‑vie gagne en importance.
En se projetant vers 2035, le maire voit une ville fondée sur trois piliers : la culture, l’enseignement et l’industrie. Selon lui, Joliette a « toutes les composantes pour réussir » et entre dans un véritable âge d’or : développements harmonieux, projets nombreux, attractivité croissante et une vision cohérente qui guide les choix.
Sa plus grande fierté ? Le dynamisme retrouvé. « Dès mon arrivée, nous avons mis en place une vision claire et des actions concrètes. Les gens ont senti que la ville voulait avancer. Les projets se sont multipliés et tout le monde s’est senti partie prenante du projet Joliette », affirme‑t‑il, convaincu que la mobilisation collective est la clé du succès.
