Microentreprendre : là où d’autres voient un risque, nous voyons un potentiel humain
Mona Beaulieu oeuvre depuis plus de 25 ans à rendre l’entrepreneuriat accessible à tous. À travers le microcrédit, elle et son réseau accompagnent les personnes qui ont un accès limité au financement traditionnel, leur offrant un soutien humain, flexible et décisif. MicroEntreprendre est aujourd’hui un outil essentiel pour ceux qui souhaitent lancer leur entreprise, mais qui n’ont pas les ressources pour frapper à la porte des banques. Un modèle de finance solidaire qui change des vies et transforme l’économie régionale, un projet à la fois.
Pouvez-vous vous présenter et résumer votre parcours ?
Je suis Mona Beaulieu, directrice de MicroEntreprendre Basses-Laurentides et présidente du Réseau MicroEntreprendre. Je travaille dans le développement économique depuis plus de 25 ans, un domaine qui me passionne. Issue d’une formation en finance et motivée par l’impact social, j’ai trouvé dans le microcrédit le moyen de réunir ces deux aspects : un outil économique, mais profondément humain.
Qu’est-ce que le Réseau MicroEntreprendre et quelle est sa mission ?
Le Réseau MicroEntreprendre regroupe 20 organismes présents dans toutes les régions du Québec. Sa mission est d’accompagner les personnes exclues ou limitées dans l’accès au financement traditionnel afin de démarrer leur entreprise. Nous offrons un accompagnement de proximité, un soutien dans la création du plan d’affaires et un financement sous forme de prêts de 20 000 $ et moins. Notre approche est inclusive, flexible, et centrée sur l’humain.
Vos services sont-ils gratuits ?
Le Réseau MicroEntreprendre propose un accompagnement gratuit et personnalisé aux personnes souhaitant lancer leur entreprise, particulièrement celles qui n’ont pas accès au financement traditionnel. Grâce à un modèle de microcrédit solidaire, les entrepreneurs peuvent bénéficier de prêts à taux d’intérêt modestes et responsables. Les intérêts générés sont entièrement réinvestis afin de soutenir de nouveaux projets entrepreneuriaux. Ce modèle de finance communautaire favorise ainsi la création d’entreprises tout en renforçant le développement économique local.
Votre action couvre-t-elle tout le Canada ?
Nous intervenons uniquement au Québec. Des initiatives existent dans l’Ouest canadien, mais elles ne sont pas rattachées à notre réseau.
Avez-vous vu des entrepreneurs réussir grâce au microcrédit alors qu’ils n’auraient pas eu cette chance autrement ?
Oui, énormément. Je pense notamment à deux jeunes qui voulaient lancer un service mobile de réparation de camions lourds. Aucun organisme ne voulait les financer. Nous avons été les seuls à croire en eux. Douze ans plus tard, leur entreprise génère des millions et emploie plus de 25 personnes. Des histoires comme celle-ci, nous en avons des dizaines. Si un entrepreneur peut obtenir un financement bancaire, nous l’y envoyons pour réserver nos ressources à ceux qui en ont réellement besoin.
Quels sont vos plus grands motifs de satisfaction après 10 ans à la tête du réseau ?
Je suis fière d’avoir contribué à implanter un organisme de microcrédit dans chaque région du Québec et d’avoir convaincu le gouvernement de reconnaître et soutenir le microcrédit comme outil de développement économique. Nous avons bâti un réseau solide, professionnel et humain. Savoir que nous avons changé la vie de milliers de personnes demeure ma plus grande fierté.
Quels défis avez-vous dû surmonter pour faire reconnaître le microcrédit ?
Il a fallu beaucoup d’éducation populaire. Beaucoup croyaient qu’on ne peut pas démarrer une entreprise avec 5 000 $. Pourtant, la majorité des entreprises québécoises démarrent avec moins de 20 000 $. (Envoyer la statistique)
Le financement de nos opérations et la capitalisation du réseau ont aussi été des défis constants. Heureusement, des partenaires comme Desjardins, les MRC, les communautés et le gouvernement provincial nous soutiennent. Notre taux de remboursement est de 88 %, ce qui est remarquable pour du capital de risque.
Comment voyez-vous l’avenir du microcrédit dans le contexte économique actuel ?
Avec l’augmentation du coût de la vie et la difficulté d’obtenir un prêt bancaire, le microcrédit est plus nécessaire que jamais. Nous devons renforcer notre accompagnement, innover dans nos services et rester une porte d’entrée inclusive pour les entrepreneurs sous-représentés.
Comment vous adaptez-vous à la diversité culturelle et à l’intégration des nouveaux arrivants et des femmes ?
L’inclusion fait partie de notre ADN. Nous adaptons nos pratiques d’accompagnement culturel et personnalisons notre approche selon les besoins, les valeurs et la réalité de chaque entrepreneur. Les nouveaux arrivants représentent une part importante de notre clientèle, surtout dans les grands centres, mais aussi de plus en plus en région.
Avez-vous des liens avec les institutions bancaires ?
Oui. Nous avons un partenariat avec Microcrédit Desjardins aux entreprises, dans le cadre de la finance solidaire. Notre rôle est d’aider les entrepreneurs à démarrer et à prendre leur élan afin qu’ils puissent ensuite accéder au financement conventionnel.
Quel message souhaitez-vous laisser à nos lecteurs ?
Nous disons souvent : « Là où plusieurs voient un risque, nous voyons un potentiel humain. »
Derrière chaque projet économique se trouve une personne. Nous invitons les futurs entrepreneurs à venir nous rencontrer. Nous sommes là pour les accompagner, de la formation jusqu’à la réalisation de leur projet.
Travaillons ensemble pour le développement d’un Québec entrepreneurial et inclusif
En savoir plus sur Micro entreprendre: https://microentreprendre.ca/
